Sutra I.2 Dissolution des fluctuations du mental est Yoga

La dissolution des fluctuations du mental est Yoga

योगश्चित्तवृत्तिनिरोधः॥२॥
yogaś-citta-vr̥tti-nirodha 2

Dissolution des fluctuations du mental est Yoga.

Commentaire de Vyasa

Le sutra suivant a été composé avec l’intention de définir Yoga :

Nirodhah* des fluctuations du citta* est Yoga.

Pourtant comme le mot « tous » n’est pas compris dans le sutra, cela implique que la modification samprajnata (cognitive) représente également Yoga. Citta possède trois tempéraments : l’illumination (pra-khya de sattva guna), l’effort (pra-vritti qui vient de rajas guna) et le stase (sthiti qui vient de tamas guna). Nous pouvons donc inférer que citta est composé des trois guna (qualités).

La nature de sattva de citta est l’illumination, mais combiné avec tamas et rajas, il adore aishvarya (pouvoir/l’affluence/souveraineté) et les objets sensoriels. Le même citta, quand percé uniquement par tamas, s’approche de l’impie, l’ignorance, le manque de non-attachement et la perte de souveraineté/pouvoir (sur soi).

Quand l’obscurité de tamas diminue de citta¸ le citta rayonne avec tout sa puissance et dans toutes les directions. Et quand percé avec une (faible) quantité de rajas, il se dirige vers la vertu, le non-attachement, la connaissance et la souveraineté.

Quand le dernier vestige d’impureté de rajas est éliminé de citta, le citta s’établit dans sa propre nature (sattva). Cet état consiste de la faculté de discrimination entre sattva et purusha (la conscience), ainsi atteignant dharma-megha (le nuage de dharma). Les penseurs appellent cela la plus haute intellection.

Le pouvoir de la conscience (Purusha) ne change pas. Elle (la conscience) ne va pas d’objet à objet. Les objets lui sont montrés. Elle est pure et infinie. Le phénomène de discernement entre buddhi (l’intellect) et Purusha est la nature de Sattva. Mais cette illumination est à l’opposé de Purusha. Par conséquence, le citta est a atteint le non-attachement même à ce discernement arrive à enlever cette modification. Dans cet état, citta s’établit uniquement dans les Samskara. C’est le nirbija samadhi (absorption sans objet). On l’appelle ultra-cognitif car plus rien n’est connu dans cet état.

Ce Yoga, qui permet la cessation des modifications/fluctuations du mental, se pratique alors sur deux niveaux.

Citta – Le champ du mental.

Le mot citta est souvent traduit comme « le mental » ou « l’esprit ». Mais ce n’est pas sa définition exacte. Afin de comprendre ce que représente citta, il est de nouveau important de se baser sur Samkhya.

D’après Samkhya, la première évolution de Prakriti (la nature primordiale) est Buddhi (l’intellect). Buddhi a deux faces. La première face est tournée vers l’intérieur et cherche à comprendre Purusha. La deuxième face est tournée vers l’extérieur et cherche à comprendre le reste d’évolution.

Par l’action des trois gunas (trois forces primordiales), Buddhi se transforme en l’Ego (ahamkara). De nouveau, l’égo a deux faces. La première est tournée vers l’extérieur et la deuxième vers l’intérieur (asmita).

La face extérieure de l’égo donne naissance à manas (le mental) qui par la suite va se transformer dans les 5 sens cognitifs et les 5 organes d’action.

Le rôle de manas (mental) est de recevoir les informations des sens cognitifs et réagir à ces informations. Le rôle de l’égo est d’établir l’identité. Le rôle de buddhi (intellect) est de discerner. L’ensemble de manas, ahamkara et buddhi (donc la psyché consciente, l’inconscient individuel, l’inconscient collectif, l’intelligence, l’intuition et l’ego) est appelé citta.

Nirodha – L’involution.

Selon les traductions, le mot nirodha est traduit comme « contrôle », « restriction » ou « cessation ». Bien que littéralement correcte, cette traduction s’avère néanmoins faussé dans le contexte de Yoga et Samkhya.

Samkhya nous enseigne que rien n’est crée et rien n’est détruit. Tout n’est qu’une transformation. Par l’action des 3 guna, Prakriti se transforme en Buddhi. De même, Buddhi se transforme en Ahamkara et ainsi de suite. Et ce qui n’a pas été créé, comment le détruire ?

Prenons un exemple. Sur un tour de potier, la terre, en combinaison avec l’énergie du potier, se transforme dans un bol. Quand on détruit ce bol, est-ce que l’énergie et la terre cesse d’exister ? Ou est-ce que cela se transforme de nouveau en quelque chose ?

De même, regardons de près les mots comme « restreindre » ou « contrôler ». Si on souhaite restreindre l’eau d’un fleuve, il faut construire un barrage. Si on souhaite contrôler l’énergie du vent, il faut créer un tunnel. Mais ni les eaux du fleuve ni le vent cesseront d’exister. Ils seront simplement coincés dans notre construction. Et le jour où cette construction se casse… !

L’intégralité du travail d’un Yogi se base dans l’involution. Il cherche à remonter jusqu’à la cause de l’effet en question afin de « dissoudre » l’effet dans la cause.

Dans le Sutra IV.34, Patanjali défini kaivalya (libération) en disant : « le retour des gunas dans leur cause ».

Et dans Bhagavad Gita (II.16), Krishna dit : « Ce qui n’est pas, ne naît pas. Ce qui est, ne cesse jamais d’exister. »

Cette distinction entre nirodha (dissolution de l’effet dans sa cause) et « contrôler » / « restreindre » / « cessation » est d’une très haute importance afin de comprendre les Yoga Sutras (et le Yoga en général). Les entités sont transformées d’après les qualités inhérentes dans ces entités, mais il n’y a aucune « perte », que ce soit au niveau de l’énergie ou de l’entité. Dit autrement, le cosmos a toujours la même quantité d’énergie (à noter, en Yoga/Samkhya l’énergie = matière) qu’il possédait le jour 1 de sa manifestation. Cette quantité d’énergie n’a jamais changé et ne changera jamais.

Un Yogi ne cherche ni à « contrôler » ce qui a été déjà transformé, ni la cessation de ce qui existe. Plutôt, il cherche à remonter à la cause de la transformation. Rendre stable les attributs de l’entité en question pour que la transformation n’ait jamais eu lieu.

L’évolution d’après Samkhya : Prakriti (la nature primordiale) >> Buddhi (l’intellect) >> Ahamkara (l’égo) >> Manas (le mental) >> vritti (les modifications)

La recherche d’un Yogi (remonter aux sources, dissoudre l’effet dans sa cause) : Vritti (les modifications) >> Manas (le mental) >> Ahamkara (l’égo) >> Buddhi (l’intellect) >> Prakriti (la nature primordiale)

Le lien Yoga et Samkhya

Vritti – Les fluctuations

Pourquoi l’évolution a eu lieu tout court ? Qu’est-ce qui fait qu’une entité transforme dans une autre ? Tout ce qui existe possède trois qualités (gunas) que l’on peut voir comme étant trois forces primordiales au sein de chaque entité/principe qui existe. Sattva (racine सत् qui veut dire être/l’existence et qui donnera également le mot « satya », ou la vérité, ou, plus exactement : ce qui est » pourrait être traduit comme « volonté d’être » dont l’attribut primaire est l’illumination. Rajas que l’on pourrait traduire comme « brouillard » et qui représente la qualité de mouvement/dynamisme. Tamas qui est la force qui donne la stase et dont la qualité est l’inertie et l’obscurité.

Prenons un exemple. (À noter : c’est un concept qui est mieux compris au niveau subatomique. Néanmoins, j’utilise cette image pour faciliter la compréhension). Si nous parlons d’un fleuve, le glacier sera sattva, la glace qui fond et l’eau qui coule du haut vers le bas sera rajas et la terre qui donnera les rives dans lesquels le fleuve va couler sera tamas.

Mais si vous regardez de près, les eaux du fleuve vont continuer de pousser vers les rives. Et au fur et à mesure, dégrader les rives, parfois donnant naissance aux affluents. Ce processus va continuer jusqu’à ce que le rajas (la force des eaux) s’affaiblissent à tel point que le tamas (les rives) est capable de contenir l’intégralité de cette force (la dernière évolution).

Ce mouvement, cette fluctuation dans les eaux d’un fleuve est ce que l’on appellera les Vritti. (À noter : c’est une image très simpliste. Car au fond le glacier (sattva) et les rives (tamas) sont également les vritti).

Maintenant, revenons sur notre citta. Tout comme le fleuve, citta est également composé des trois gunas et c’est l’instabilité inhérente dans citta qui donne naissance à son évolution. C’est la raison pour laquelle buddhi se transforme en ahamkara et ahamkara se transforme en manas. C’est également la raison pour laquelle manas donne naissance aux sens cognitifs. Ce sont les fluctuations inhérentes dans chaque entité/principe qui donnent naissance au prochain entité/principe.

Ces fluctuations sont les vritti de citta. Il existe une quantité innombrable de vritti dans le citta. Chaque désir, chaque peur, chaque émotion et chaque ressenti que nous avons représente un vritti. Ce sont ces vritti qui sont responsables d’extraversions de notre existence (et la cause principale de souffrance). Tant que les vritti existent, l’être reste incapable de reconnaître la vraie essence de son existence (purusha). Alors il devient important d’arrêter ces vritti. Sauf… comme dit Krishna dans Bhagavad Gita, ce qui est, ne peut jamais cesser d’exister. D’où l’importance d’involution en Yoga (nirodha) : remonter à la source, défaire l’instabilité inhérent dans citta pas par pas, et enlever la raison d’être des vritti (fluctuations).

 

L’impact des vritti sur l’être

Avant de discuter l’impact des vritti sur l’être, il est important de souligner une différence essentielle entre la philosophie Hindoue et la philosophie Occidentale. René Descartes disait « Je pense, donc je suis ». Cette approche forme la fondation sur laquelle est construite la compréhension moderne de l’être, le corps, l’esprit, le mental, le cerveau et la causalité.

La philosophie Hindoue est à l’opposée de cette idée. Si je vulgarise, ce sera plutôt « je suis, donc j’ai la capacité de pensée ». (A noter : je mets « je » en minuscule quand je parle de la philosophie Hindoue car cette philosophie nous enseigne qu’avant « je » il existe encore d’autres entités).

La vraie réalité de l’être n’est pas « je » mais Purusha (le Soi). Ce Soi observe le Prakriti à travers le Prakriti. Ce point est assez important qu’il vaut la peine de le répéter et le souligner : Purusha est l’observateur. Il observe à travers citta (processus mental) qui est une mutation de Prakriti. Il observe le monde manifesté (le cosmos) qui est aussi une mutation de Prakriti.

Tout ce qui existe (donc l’intégralité des mutations de Prakriti) est composé des mêmes trois forces primordiales : sattva, rajas et tamas. Au niveau de citta, sattva illumine, rajas incite l’effort et tamas amène la stase. Si je schématise : le soleil se lève et le fermier se rend compte du travail qu’il a à faire dans sa ferme (sattva), il fait ce travail (rajas), ensuite la nuit tombe et il se repose afin de permettre au corps de récupérer (tamas).

Mais chaque guna a également ses effets secondaires. Si c’est Rajas qui est prédominant (l’effort), l’être va faire – sans forcément se rendre compte de ce qui est vraiment à faire (rôle de sattva) et sans permettre à son corps et à son esprit de se reposer (le rôle de tamas). Pareillement, si tamas est prédominant, l’être n’aura ni effort nécessaire (rajas) ni connaissance nécessaire (sattva).

C’est ce qui amène Vyasa à dire : « Le même citta, quand percé uniquement par tamas, s’approche de l’impie, l’ignorance, manque de non-attachement et la perte de souveraineté/pouvoir (sur soi). »

Prenons l’exemple d’une chambre noire. L’être ne voit pas ce qui est dans la chambre (l’ignorance). Il s’accroche au premier objet qu’il trouve par la peur de tomber (manque de non-attachement). Il n’a aucune voie en face de lui, aucune idée de comment avancer et donc il avance comme il peut, même si ça finit par casser tous les objets dans la chambre (l’impie). Il manque également un vrai pouvoir ou souveraineté sur ses propres actions (quand on ne sait pas quels sont les choix en face de nous, il est difficile de parler de choisir !)

Ici, Vyasa utilise le mot « aishvarya » que j’ai traduit comme « souveraineté » et qui vaut la peine d’être mieux traduit. Aishvarya vient de ishvara qui vient de la racine « ish » qui veut dire « avoir le pouvoir/contrôle sur » ou « avoir la capacité de contrôler/diriger/créer ». Mais ce pouvoir/contrôle/capacité de diriger demande déjà que l’on possède les connaissances nécessaires, le discernement et la capacité de voir les effets positifs/négatifs de nos actions (le rôle de sattva). De nouveau, prenons un exemple simpliste afin de mieux comprendre ce terme. J’ai mal à la tête. Au fond, j’ai le choix : je prends un médicament ou je ne le prends pas. Mais est-il vraiment un choix ? Est-ce que je suis réellement « souverain » de mes propres actes ? Ce serait le cas si je connaissais intimement (et pas juste d’une manière superficielle) l’impact que ce mal de tête aura sur mon corps, le travail que j’ai à faire et mon environnement ; et si je connaissais également chaque effet secondaire qu’aura le médicament sur mon corps et l’esprit. Mais si je n’ai pas ces connaissances profondes, je suis obligé de me baser sur l’avis d’un médecin, ce que je lis sur l’internet/dans les livres (les deux représentent dépendance) ou agir au pif (l’ignorance).

Donc les vritti créés par tamas guna amènent l’ignorance, l’impie, le manque de non-attachement et la perte de souveraineté (et leurs dérivés). Et si c’est rajas qui est prédominant ? Dans notre exemple de la chambre noire, imaginons maintenant qu’il y a une faible lumière mais la chambre est remplie de brouillard. On voit un peu, mais pas très bien. On cherche à se sortir de cette chambre. On fait beaucoup d’effort. D’ailleurs, on arrête pas du tout de bouger. Mais au fond on n’a toujours pas une bonne idée de comment s’en sortir (la lumière ou sattva est faible et couverte de brouillard de rajas). Donc on se casse la figure continuellement. Mais en plus on est essoufflé et nos capacités commencent à s’affaiblir (trop de rajas/effort et le corps n’a pas le temps de se reposer). Il va arriver un temps où le corps sera complètement épuisé par l’effort et on va fermer les yeux (de nouveau tamas revient).

Si vous vous rappelez, dans la discussion de Sutra I.1, Vyasa parlait de 5 états/plans de citta. Il y a un lien intime entre rajas (qui donne l’état de kshipta ou l’errance) et tamas (qui donne l’état de mudha ou somnolence).

Vyasa dit : « Quand l’obscurité de tamas diminue de citta¸ le citta rayonne avec tout sa puissance et dans toutes les directions. Et quand percé avec une (faible) quantité de rajas, se dirige vers la vertu, le non-attachement, la connaissance et la souveraineté. »

Quelque part, il définit l’être mondain « parfait ». Un être qui est en paix avec lui-même et son environnement. Cela rejoint également ce que l’Ayurvéda cherche à amener titre santé pour chaque personne.

Dans cet état, Sattva est prédominant. La lumière de sattva a réussi à enlever l’obscurité de tamas. L’être sait ce qui est à faire. Il a le discernement et du recul. Dans notre exemple de la chambre noire : la chambre est bien illuminée. On arrive à distinguer entre les divers objets présents dans la chambre. On voit la porte de sortie. On sait maintenant qu’il existe tout un autre monde en dehors de cette chambre. On ne s’accroche plus aux objets de la chambre car on comprend leur inutilité. C’est la naissance du vrai libre-arbitre (aishvarya). Et donc avec un peu de rajas (car il faut quand même faire l’effort nécessaire pour sortir de la chambre), on se dirige vers la porte de sortie (vertu, non-attachement, connaissance et souveraineté qui vient avec la connaissance).

Une fois nous sommes sortis de cette chambre, même rajas (l’effort) devient inutile (il n’y a plus nulle part où aller !). A ce stade, les impuretés (vritti) venant de rajas sont également enlevées. Le citta s’est établit dans ekagra (concentration intense). Et à ce stade il atteint le dharma-megha (le nuage de dharma). Dit autrement, il sait précisément ce qui est à faire et il arrive à le faire sans quelconque effort. A ce stade, on considère que l’être est devenu un Yogi (il a atteint le samadhi cognitif).

Le lien Purusha et Sattva.

Nous sommes maintenant en dehors de la chambre. Tout est bien illuminé. Nous n’avons plus aucun problème à discerner entre les objets, entre le vrai et le faux. Pourtant, ce monde bien illuminé n’est toujours pas la réalité ultime (Purusha). On se rend compte de cette distinction à ce stade (c’est le rôle de Buddhi-Sattva ou un intellect où il n’y a que le sattva). Pourtant, sattva est également un vritti. Par sa nature d’illumination, il nous rend aveugle à ce qui existe derrière cette lumière (Purusha). C’est pour cela Vyasa dit : « Le phénomène de discernement entre buddhi (l’intellect) et Purusha est la nature de Sattva. Mais cette illumination est à l’opposé de Purusha. »

C’est quand le Yogi va développer le non-attachement à cette lumière de Sattva que la deuxième étape de Yoga va démarrer. La raison d’existence de Sattva cessera d’exister. Et à ce stade, Purusha va se rendre compte de sa propre nature et le Yogi aura atteint le Samadhi « métacognitif » où il n’y a plus aucune raison pour cognition.

Ce stade (kaivalya ou la libération) peut être vu comme étant le but de la voie Yogique.

Un mot sur intellect, intuition et sattva

Comme vous pouvez constater durant ces discussions, l’intellect (buddhi) et d’ailleurs aussi l’intuition (que l’on n’a pas encore vraiment discuté) sont considérés comme étant d’une très grande importance en Yoga. Buddhi est la première évolution de Prakriti dans sa phase extravertie. C’est également la dernière involution dans la voie de Yoga avant de se trouver face-à-face avec Purusha.

Pourtant les mots comme intellect et intuition ne représentent plus les mêmes valeurs. D’ailleurs la manière dans laquelle Patanjali, Vyasa et d’autres commentateurs anciens sur les Yoga Sutras (et ailleurs dans la philosophie Hindoue) utilisent ces mots va à l’opposé de la définition que l’on donne à ces mots aujourd’hui.

Très souvent, de nos jours, un intellectuel est vu comme étant quelqu’un qui cogite sans cesse, qui a fait des études supérieures, qui est rempli (parfois) de certitudes et n’a aucune gêne à partager/imposer ces certitudes sur les autres. Il n’est d’ailleurs pas rare de voir les gens associer l’état de l’hyperactivité et le fait d’avoir une opinion sur tout comme étant un signe d’un grand intellect.

Pareillement, l’intuition est vue comme étant à l’opposé de l’intellect et la connaissance. Nous parlons alors de « ressenti ». Il m’est arrivé d’assister aux débats (le mot est faible) entre deux personnes dont un qui n’arrête pas de parler de « tout ce qu’il a appris durant ses études et comment ce n’est que ça qui représente la vérité » et l’autre qui met en doute l’intégralité des études et des connaissances et dit « mais tout ça c’est du bidon, moi, je fais tout intuitivement ».

Il est donc utile de définir ce que les sages comme Patanjali et Vyasa entendent par l’intellect et l’intuition.

L’intellect (buddhi) représente la connaissance profonde du sujet, la compréhension profonde de cette connaissance et la capacité de discernement. C’est un stade qui n’est possible qu’une fois l’être a atteint une maîtrise totale de ses sens, le non-attachement (y compris à la connaissance qu’il a acquis) et une profonde paix interne (donc les vrittis créent par rajas et tamas ont cessé d’exister).

L’intuition est le stade qui vient après le stade d’intellect (et pas au lieu de). Ça représente la face intravertie de l’intellect où la personne a atteint le dharma megha (le nuage de dharma) et arrive à faire des choses sans effort (de réflexion). Donc les mêmes variables telles que paix intérieure, maîtrise de soi sont présentes.

yogaś-citta-vr̥tti-nirodha 2

La dissolution des vritti (c’est-à-dire dissoudre la cause dont l’effet est une fluctuation) de citta (donc l’intégralité des processus du mental, y compris intellect) est Yoga. Ce Yoga se pratique sur deux étapes. La première étape est enlevée les vritti qui viennent de rajas et tamas (donc sortir de la chambre noire). La deuxième étape est enlevée les vritti qui viennent de sattva (et donc reconnaître la réalité ultime – Purusha).

A retenir :

  • C’est le lakshana sutra de ce texte. C’est-à-dire c’est le sutra qui définit le terme Yoga. Uniquement cette définition (et aucune autre définition) de Yoga est valable durant la lecture de ce texte (d’ailleurs c’est la définition de Yoga qui est présente, parfois avec différents mots, dans presque tous les textes jusqu’à très récemment).
  • Citta représente l’intégralité des processus du mental (donc l’intellect, l’égo, la psyché consciente et la psyché inconsciente).
  • Citta est rempli des fluctuations/modifications (vritti) causées par la nature même de l’évolution. Ces vritti empêchent le discernement du vrai et du faux et colorent notre perception.
  • Citta est composé de trois guna (trois qualités) : sattva, rajas et tamas. Et ces trois gunas amènent leurs propres vritti.
  • Tamas guna crée les vritti comme la somnolence, l’ignorance, le manque de libre-arbitre et de souveraineté et l’impie.
  • Les vritti de rajas se montrent à travers manque de recul, hyperactivité, agitation, l’effort sans direction, sur-importance de l’égo, etc. De plus, les vritti de rajas épuisent le corps et incite l’être à tomber dans tamas.
  • La première étape de Yoga est de dissoudre les vrittis venant de tamas et de rajas. Pour cela, le Yogi va utiliser sattva guna (illumination, paix intérieure, discernement, maîtrise de soi et des sens) comme une béquille. Avec l’ajout d’un peu de rajas (nécessaire pour l’effort), cela va l’amener vers un stade de connaissance, vertu et le ‘vrai’ libre-arbitre.
  • Mais sattva est également un vritti. Durant la deuxième étape, à travers le non-attachement aux vritti de sattva, le Yogi va se tourner vers la réalité ultime.

Devoir de Noël

Il n’y aura pas de cours les deux lundis suivants en raison des festivités. Et bien que ce devoir ne soit pas très « festif », il est néanmoins important. Donc après vous être concentrés sur votre souffle, notez les vritti (fluctuations/modifications) qui, selon vous, agissent sur vous et votre perception de la réalité.

Publié par

Pour moi, le Yoga est un voyage qui a démarré quand j'étais à peine adolescent... mais ce n'était pas le Yoga tel qu'il est pratiqué de nos jours. Il s'agissait surtout d'un art de vivre, une quête vers le Soi, un désir de s'interroger. Aujourd'hui, à travers Abhisaran, j'essaie de transmettre cette approche globale et holistique du yoga qui travaille à la fois le corps, la psyché et l'esprit, tout en s'appuyant sur l'Ayurvéda et le Tantra.

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