Yoga Sutra III.28-38 Les experiences avec Samyama II

La voie du Yoga a des obstacles et certains de cesobstacles viennent des pouvoir que l’on peut acquérir sur la voie. Dans les Sutras qui suivent, Patanjali décrit les expériences que l’on peut acquérir àtravers Samyama. Mais est-ce que ces expériences sont une aide ? Ou des obstacles ?

28-38 : Les expériences avec Samyama
ध्रुवे तद्गतिज्ञानम्॥२८॥ dhruve tadgati-jñānam 28 (A travers Samyama sur) l’étoile polaire, on obtient la connaissance du mouvement des étoiles.
नाभिचक्रे कायव्यूहज्ञानम्॥२९॥ nābhicakre kāyavyūha-jñānam 29 (A travers Samyama sur) le chakra de nombril, on connait la composition du corps.
कण्ठकूपे क्षुत्पिपासानिवृत्तिः॥३०॥ kanha-kūpe kutpipāsā nivr̥tti 30 (Samyama sur) le puit de la gorge amène à la cessation de faim et soif.
कूर्मनाड्यां स्थैर्यम्॥३१॥ kūrma-nā sthairyam 31 (Samyama sur) le kurma nadi (juste sous la gorge, vers la poitrine) le Yogi atteint l’immobilité.
मूर्धज्योतिषि सिद्धदर्शनम्॥३२॥ mūrdha-jyotiṣi siddha-darśanam ॥32॥ (Samyama sur) la lumière coronale, on peut voir les Siddhas (les yogis accomplis)
प्रातिभाद्वा सर्वम्॥३३॥ prātibhād-vā sarvam 33 (Samyama sur) la prescience, la connaissance de tout vient.
हृदये चित्तसंवित्॥३४॥ hraye citta-savit 34 (Samyama sur) le cœur amène la connaissance de citta.
सत्त्वपुरुषयोरत्यन्तासंकीर्णयोः प्रत्ययाविशेषो भोगः परार्थत्वात् स्वार्थसंयमात् पुरुषज्ञानम् sattva-puruāyo atyantā-sakīrayo pratyayāviśeo-bhoga para-arthat-vāt-sva-arthasayamāt purua-jñānam 35 L’expérience est une idée qui vient du manque de distinction entre Sattva et Purusha, bien que les deux soient bien distincts. Samyama sur ce qui n’existe que pour soi (Purusha) et ce qui existe pour l’autrui (Sattva) vient la connaissance de Purusha.
ततः प्रातिभश्रावणवेदनादर्शास्वादवार्ता जायन्ते॥३६॥ tata prātibha-srāvāa-vedana-ādarśa-āsvāda-vārtā jāyante 36 A travers (la connaissance de Purusha) vient les pouvoirs subtils de préscience, l’ouïe, toucher, vue, et l’odorat.
ते समाधावुपसर्गा व्युत्थाने सिद्धयः॥३७॥ te samādhav-upasargā[]-vyutthāne siddhaya 37 Ces pouvoirs sont des obstacles dans la voie de Samadhi mais considérés comme étant des acquis dans l’état normal de citta (présence de rajas et tamas)
बन्धकारणशैथिल्यात्प्रचारसंवेदनाच्च चित्तस्य परशरीरावेशः॥३८॥ badnha-kāraa-śaithilyāt pracāra-savedanācca cittasya paraśarīrāveśa 38 En affaiblissant la cause d’entrave et en connaissant les mouvements de citta, le citta peut rentrer dans un autre corps.

A noter : Ces sutras peuvent paraitre comme une liste des « super-pouvoirs ». Ils représentent néanmoins les expériences personnelles d’un Yogi dans sa quête de comprendre le « pourquoi » derrière les divers aspects du monde. Ils sont également intéressant du point de vue technique afin de comprendre l’être. Cependant, je n’ajoute pas les commentaires sur tous les sutras mais uniquement ce qui présente des idées intéressantes du point de vue de métaphysique ou philosophie.

नाभिचक्रे कायव्यूहज्ञानम्॥२९॥

(A travers Samyama sur) le chakra de nombril, on connait la composition du corps.

Sushuma Nadi rentre dans le corps au niveau du nombril (ainsi connectant le corps physique avec les corps subtils et le corps causal). C’est en pratiquant le Samyama (concentration, méditation et samadhi) sur ce chakra que l’on acquit la connaissance de comment le corps fonctionne. Donc des trois doshas et les 7 dhatus.

कण्ठकूपे क्षुत्पिपासानिवृत्तिः॥३०॥

(Samyama sur) le puit de la gorge amène à la cessation de faim et soif.

Sous la langue est la gorge, sous la gorge est l’œsophage, et sous l’œsophage est l’estomac (le puit de la gorge). Samyama sur ce puit amène la cessation de la faim et de la soif. (cf : Vyasa)

मूर्धज्योतिषि सिद्धदर्शनम्॥३२॥

(Samyama sur) la lumière coronale, on peut voir les Siddhas (les yogis accomplis)

Dans le crâne se situe un trou remplit de la lumière (Sushuma Nadi). Quand on pratique Samyama sur ce point, on a la vision des Siddhas (les Yogis accomplis) dont la conscience est encore présente dans l’espace entre la terre et les divers mondes subtils.

प्रातिभाद्वा सर्वम्॥३३॥

(Samyama sur) la prescience, la connaissance de tout vient.

Prātibhā veut dire lumière (également lumière réfléchie) et aussi intelligence (génie). Yoga nous parle de deux styles d’intellect. Le premier est l’intellect qui est extravertis (et qui cherche à comprendre le monde qui l’entoure). Le deuxième est l’intellect intraverti qui réfléchie directement sur la conscience (l’observateur/purusha/l’âme).

Tout comme l’aube précède le jour, Pratibha précède la connaissance discriminatoire. En faisant Samyama sur Pratibha, le Yogi peut avoir connaissance de tous.

हृदये चित्तसंवित्॥३४॥

(Samyama sur) le cœur amène la connaissance de citta.

Dans l’anatomie ésotérique hindoue, la siège de citta (l’intégralité des processus mental) n’est pas le cerveau mais le cœur (ou plutôt l’espace derrière le cœur).

सत्त्वपुरुषयोरत्यन्तासंकीर्णयोः प्रत्ययाविशेषो भोगः परार्थत्वात् स्वार्थसंयमात् पुरुषज्ञानम्

L’expérience est une idée qui vient du manque de distinction entre Sattva et Purusha, bien que les deux soient bien distincts. Samyama sur ce qui n’existe que pour soi (Purusha) et ce qui existe pour l’autrui (Sattva) vient la connaissance de Purusha.

Par quoi connaitrons-nous le connaissant ? Que ce soit Yoga, Samkhya, Vedanta ou encore les Védas ; cela reste la question centrale.

Afin de mieux comprendre la problématique, il est important d’approfondir la nature de l’évolution. (A noter : ce qui suit se base sur la philosophie de Vedanta, Samkhya et Yoga, et pas uniquement sur la philosophie de Yoga).

D’après les Védas, la cause matérielle et la cause motrice/efficiente du cosmos s’appelle Brahman. Le mot Brahman (genre neutre) vient de la racine Brh qui signifie être, élargir, agrandir. Traduit, on pourrait voir Brahman comme le premier principe, la réalité ultime, ou la réalité immuable qui existe à la fois dans et à la fois au-delà du cosmos manifesté. Samkhya Karika nous parle alors de deux aspects de la manifestation du cosmos : Purusha ou la Conscience Suprême, et Prakriti ou la Nature Primordiale.

Si on fait un lien entre la philosophie Vedantique et la philosophie Samkhya, nous pouvons alors considérer que Purusha et Prakriti représente deux aspects de Brahman.

Au début, cette réalité (Brahman) était non-manifeste. Ensuite, il y a eu la manifestation (à questionner : pourquoi ?). Purusha est l’Observateur de cette manifestation. Mais comment est-ce que le non-manifesté s’est manifesté ?

Prakriti, nous enseigne Samkhya, est composé de trois forces primordiales : Sattva (Sat = être, endurant, vivant), Rajas et Tamas. C’est Sattva qui va être derrière la manifestation du non-manifesté. (Sattva est atha (maintenant)).

Dans notre esprit, Sattva est responsable d’intellect discriminante. C’est également l’essence de la « volonté d’être ». Même quand rajas et tamas sont apaisés, Purusha observe à travers la lumière de Sattva. A ce stade, il devient facile de confondre les deux et de croire que Purusha est Sattva.

Pourtant, il s’agit de deux « entités » bien distincts de l’un et l’autre. Quand ces deux entités sont confondues, cela donne naissance à l’expérience. Mais à travers Samyama sur la distinction entre Purusha et Sattva vient la connaissance de Purusha pour que Purusha puisse réfléchir sur lui-même sans le filtre de Sattva.

ते समाधावुपसर्गा व्युत्थाने सिद्धयः॥३७॥

Ces pouvoirs sont des obstacles dans la voie de Samadhi mais considérés comme étant des acquis dans l’état normal de citta (présence de rajas et tamas).

Samyama (le terme technique qui désigne la pratique de concentration intense, méditation et samadhi (ou l’absorption total)) ouvre un champ des possibilités à un Yogi. Mais est-ce que ces possibilités sont des pouvoirs ? Ou des obstacles dans la vraie voie du Yoga ?

Plus tamas et rajas sont présents dans citta (l’ensemble des processus mental), le plus ce citta cherche à comprendre le monde qui l’entoure (extraversion des sens cognitives). Dans cet état de citta, ces versets qui nous parlent des possibilités incroyables à travers Samyama paraissent comme des grands pouvoirs. Après tout, qui n’a pas envie de pouvoir marcher sur l’eau ? Connaitre (et reculer) l’heure de son mort ? Connaitre à la fois l’avenir et le passé ? Devenir omniscient et omnipuissant ?  Mais ces désirs sont eux-mêmes un signe de prédominance de rajas et tamas dans citta.

La recherche d’un Yogi est d’atteindre le Samadhi (l’absorption total) dans la réalité ultime (Brahman). Cette réalité ne peut être connu que quand le Yogi enlève tous les filtres de son mental, pour que sa conscience puisse se réfléchir sur elle-même, ainsi comprenant la nature de la réalité ultime. Pourtant, le plus un Yogi cède à désir d’acquérir ces pouvoirs, le plus rajas et tamas devient prédominant dans son esprit. Et les mêmes pouvoirs qui sont si attrayants deviennent des grands obstacles dans la recherche de la réalité ultime.

बन्धकारणशैथिल्यात्प्रचारसंवेदनाच्च चित्तस्य परशरीरावेशः॥३८॥

En affaiblissant la cause d’entrave et en connaissant les mouvements de citta, le citta peut rentrer dans un autre corps.

Par sa nature, citta est éphémère. Elle se fixe sur un point, et ensuite elle se fixe sur un autre point. Elle ne cesse de bouger. Comment se fait-il qu’elle puisse rester dans un corps ? Pourquoi elle ne cesse pas de sortir du corps pour aller ailleurs ?

C’est le rôle de tamas dans notre organisme. Gérer par le karma (qui va donner les potentialités), tamas (et donc les 5 mahabhuta et les 5 tanmatra) entrave le citta dans le corps. Mais quand le Yogi réussi Samyama sur la cause de ses entraves (ainsi que sur les entraves eux-mêmes), il acquit la possibilité de relaxer ces entraves et, à travers Samyama sur le corps de quelqu’un d’autre, envoyer son citta dans le corps de cette personne. Et où va le citta, les sens cognitives (et donc les ressentis) suivent.

A noter : Ce verset explique aussi la cause d’empathie. Des parties de citta (notamment des parties plus rajasic), n’étant pas bien ancré dans le corps, arrivent à sortir du corps d’un pour rentrer dans le corps d’un autre. Et l’être ressent tout ce que ressent l’autre.

Il y a néanmoins une différence. Quand c’est le Yogi qui décide de jeter son citta dans un autre corps, c’est Sattva guna qui est prédominant. Il a déjà compris chaque entrave, chaque aspect tamasic de son propre être, et il fait cela volontairement. Très souvent dans le cas d’empathie, c’est rajas qui est prédominant. L’identification avec l’autrui se fait d’une façon involontaire. Et très souvent la personne en question n’a pas encore atteint la capacité de pouvoir ramener son citta dans son propre corps, ou encore pratiquer Samyama sur les entraves.

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Pour moi, le Yoga est un voyage qui a démarré quand j'étais à peine adolescent... mais ce n'était pas le Yoga tel qu'il est pratiqué de nos jours. Il s'agissait surtout d'un art de vivre, une quête vers le Soi, un désir de s'interroger. Aujourd'hui, à travers Abhisaran, j'essaie de transmettre cette approche globale et holistique du yoga qui travaille à la fois le corps, la psyché et l'esprit, tout en s'appuyant sur l'Ayurvéda et le Tantra.

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