Les 5 états d’esprit

Les 5 états d'esprit

Quel est la nature de notre mental ? Quels sont ses capacités ? Ses faiblesses ? Ces questions furent toujours très importantes en Yoga.

Commentant sur les Yoga Sutras de Patanjali, sage Vyasa (environ 4ème siècle) dit : « Yoga est Samadhi. C’est (Samadhi) est une qualité de citta qui imprègne tous ses plans. Les plans de citta sont : Ksipta (errant), Mudha (oublieux), Viksipta (occasionnellement stable), Ekagra (concentré) et Niruddha (retenu). »

Qu’est-ce que c’est Citta ?

Souvent traduit comme « l’esprit » ou « le mental », Citta est un concept bien plus complexe. Afin de mieux comprendre ce concept, il est important d’aborder l’évolution d’après Samkhya. Cette philosophie nous parle de deux aspects du cosmos manifesté : Purusha et Prakriti.

Purusha est la Conscience Suprême. Prakriti est la Nature Primordiale. La nature primordiale, dû à l’évolution, donne naissance à Buddhi (l’intellect). Cet intellect a deux faces. La première face est introvertie : qui cherche à regarder/comprendre Purusha. La deuxième face est extravertie et cherche à regarder/comprendre le reste du monde manifeste. De sa face extravertie, Buddhi se transforme en Ahamkara (l’égo). A noter : l’égo ici ne signifie pas les désirs/peurs, mais plutôt l’égo pur : « Je suis ». De l’égo vient Manas (l’esprit/mental), qui par la suite va donner naissance aux 5 sens cognitives et 5 organes d’actions.

La manière le plus simple de comprendre Citta est de le voir comme un champ d’énergie qui contient l’intellect, l’égo et l’esprit.

Qu'est-ce Citta?

Le lien Cit et Citta

Si Citta est le champ d’énergie des processus mentales, Cit veut dire la conscience ou l’observateur. C’est la partie de Purusha en nous. Yoga nous enseigne que la réalité de chaque être est sa conscience (à noter, il ne s’agit d’aucun lien avec la moralité ici – conscience est vu comme un observateur pur) ou son Cit. Ce Cit regarde le monde qui l’entoure à travers le champ d’énergie de Citta. Et plus l’énergie de Citta est extravertie, le plus Cit s’éloigne de sa vraie nature.

C’est ce qui amènera Patanjali à dire : Yogas-citta-vritti-nirodha : ou enlever les filtres/modifications imposés par Citta (pour que Cit puisse reconnaitre sa vraie nature) est Yoga.

La qualité de Citta est Samadhi.

Le mot Samadhi est souvent traduit comme « transe » mais ce n’est pas tout à fait exacte. Il est également traduit comme « l’état finale que cherche à atteindre un Yogi » mais de nouveau, ce n’est pas tout à fait exacte.

Samadhi vient de deux racines : Sama qui veut dire « ensemble/équilibre » et dha qui veut dire « l’endroit/placer ».

La conscience cherche à observer. Cette observation se passe à travers citta. Mais afin de pouvoir observer, il faut que la conscience puisse se laisser absorber dans l’objet de son observation. Cet état, où la conscience est en contact directe avec l’objet, s’appelle Samadhi.

Vyasa dit que la qualité de Citta est Samadhi car c’est le rôle de citta de permettre la conscience à observer les choses. Cela peut parfois paraitre contradictoire, mais même dans un esprit le plus vagabond possible, cette qualité de Samadhi existe. Seulement, ce Samadhi ne dure qu’une petite seconde ou moins avant que l’esprit cherche à se concentrer sur un autre objet.

Les 5 états de Citta

Le Citta est formé de 3 gunas (à lire : les 3 gunas). Quel guna est prédominant dans Citta va gérer sa nature.

Ksipta : Quand citta est dans cet état, la durée de Samadhi est minimaliste. L’esprit se concentre, bouge, se concentre, bouge, se concentre, bouge. Il ne cesse pas de changer l’objet de l’observation. Typiquement, c’est dû à prédominance de Rajas dans l’esprit. Dans cet état, l’esprit est toujours extraverti et ne cherche à comprendre que le monde extérieur. C’est l’état d’haute agitation et la manque de concentration.

Mudha : Cet état est lié à la prédominance de Tamas dans citta. Parmi les qualités de tamas est le noirceur et l’inertie. Imaginez alors un esprit enfermé dans un chambre noire et vous comprendrez l’état de Mudha. Cet état est lié au sommeil mais également à d’autres formes de stupeur comme les drogues, enivré, ou encore manque de vivacité. La frontière entre ksipta et mudha est faible. Typiquement un esprit en ksipta va se fatiguer, rentrer dans le mode mudha, et ensuite revenir en ksipta. Pour mieux comprendre cela, observer toutes les fautes que l’on fait quand on est dans un état stressé.

Viksipta : Un citta dans cet état arrive à se concentrer pour plus longtemps sur l’objet de l’observation. Rajas et Tamas sont toujours prédominants mais il y a assez de Sattva aussi pour que l’esprit puisse garder la concentration pendant un moment. Néanmoins, Rajas et/ou Tamas reprend le relais très rapidement et l’état de ksipta/mudha s’installe. Dans la vie de tous les jours, on voit cet état dans les conditions de stress où, pendant un moment, l’esprit arrive à se concentrer sur le travail à fournir avant que l’agitation et/ou fatigue s’installe.

Ces trois états sont liés à l’un et l’autre. D’ailleurs la philosophie Américaine de « Work hard, play hard » est typiquement une manifestation de ces trois états. On force alors l’esprit dans Viksipta. Ensuite, pour le détendre, on le ramène en Ksipta et on laisse Mudha s’installer par la suite. Aucun de ces trois états n’est considéré comme étant valable dans la pratique de Yoga et, avant tout, on va chercher à sortir citta de ces trois états quand on démarre la voie du Yoga.

Ekagra : Dans cet état, c’est Sattva guna qui est devenu prédominant dans citta. La qualité de Sattva guna est illumination. L’esprit arrive alors à illuminer l’objet d’observation dans son intégralité. L’état de Samadhi s’installe et perdure. La concentration intense devient la nature de l’esprit.

Très souvent, on a tendance à associer la concentration avec l’effort. Mais c’est uniquement le cas dans les trois premiers états d’esprit. Dans citta est en ekagra, la concentration se fait sans effort. Dans cet état, l’objet de la concentration peut être interne (voie de Yoga) ou externe. Mais si l’objet de concentration est externe, par la suite rajas va devenir prédominant dans l’esprit et peu à peu, les trois premiers états vont s’installer. Un exemple d’ekagra (extraverti) : un artiste/peintre/musicien absorbé entièrement dans son chef-d’œuvre.

Le but de tout entrainement yogique est d’abord amené l’esprit en Ekagra.

Nirrudha : Cet état est beaucoup plus complexe à expliquer. Cette complexité vient déjà du mot « nirrodha » lui-même. Très souvent, ce mot est traduit comme « suppression », « retenir » ou « cessation ». Mais dans le contexte de Yoga (et d’ailleurs l’intégralité de la philosophie Hindoue), cette traduction s’avère complètement fautive, voir même exactement à l’opposé de ce que le mot cherche à transmettre comme idée.

Afin de comprendre ce mot, il est important de se rappeler que rien n’est réellement crée. Tout n’est qu’une transformation de quelque chose de déjà existant. Le désir que l’on sente : il ne vient pas de nullement. C’est une modification de citta qui a donné naissance à désir.

Le mot le plus approprié pour traduire nirrodha sera « involution ». Si le désir que l’on sente est une évolution de notre mentale, alors le « nirrodha » de ce désir signifie « l’involution vers la source de la modification pour que la modification devient inexistante ».

Dans cet état, le Soi (la conscience) a retrouvé sa vraie nature et a compris la distinction entre elle et le monde manifesté (y compris l’égo). Le Soi devient alors capable de faire l’involution à volonté de chaque évolution de la nature primordiale. Dites autrement : dans cet état, l’intégralité de citta est sous la maitrise de Soi (la conscience) et ne sert que comme un outil pour le Soi. La concentration n’a alors plus besoin d’objet et l’être devient capable de se concentrer sur l’inexistanse.

Commentaire personnel :

Récemment, en parcourant mon Timeline Facebook, je suis tombé sur le message d’une personne qui, étant pas du tout content de la discipline imposée par la pratique de Vipassana, disait qu’elle préférait encore prendre un LSD pour méditer car les expériences étaient bien meilleures (sans, bien entendu, beaucoup d’effort). Ce qui m’a rappelé comment, durant les années 60-70 (et d’ailleurs mêmes après), les gens prenaient les drogues dans leurs quêtes spirituelles.

L’effet des drogues sur le cerveau (et par la suite sur l’esprit) est bien différent que ce qui est recherché dans les pratiques spirituelles (sérieuses, en tout cas). Là où les drogues vont induire un état de mudha, créant par la suite l’état de ksipta où on a l’impression de « découvrir » la réalité ; au fond cela va en contresens de la recherche spirituelle. Que ce soit en Yoga ou Tantra ou Taoisme (les trois pratiques que je connais mieux), la recherche est toujours de d’abord Ekagra et ensuite Nirruddha comme état d’esprit.

J’utilise le mot drogue : mais une drogue n’est pas uniquement LSD ou cannabis ou l’opium. L’addiction d’un élève pour un maitre charmeur (le démarche de beaucoup de sectes à nos jours) est aussi une drogue. Le sport intense, suivit par la sécrétion des endorphines, est aussi une drogue. Chaque addiction est une drogue. Disait un médecin que j’ai connu il y a longtemps : il n’y a pas de drogue ; il n’y a que des addictes.

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Pour moi, le Yoga est un voyage qui a démarré quand j'étais à peine adolescent... mais ce n'était pas le Yoga tel qu'il est pratiqué de nos jours. Il s'agissait surtout d'un art de vivre, une quête vers le Soi, un désir de s'interroger. Aujourd'hui, à travers Abhisaran, j'essaie de transmettre cette approche globale et holistique du yoga qui travaille à la fois le corps, la psyché et l'esprit, tout en s'appuyant sur l'Ayurvéda et le Tantra.

2 commentaires sur « Les 5 états d’esprit »

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