Yoga et désastre climatique

Changement Climatique

Le rapport 2018 de Living Planet montre que l’humanité est responsable de la destruction de plus de 60% de la faune depuis 1970. Les émissions de gaz carbonique ne cessent d’augmenter. Ce graphique de NASA fait carrément peur quand on voit la différence avant 1950 et après. Le désastre climatique à venir n’est plus une hypothèse discutée autour d’un diner de pseudo-intellectuels. La communauté scientifique est d’accord à l’unanimité : soit nous agissons maintenant, soit nous disons adieu à la planète qui nous berce depuis des millénaires. Qu’est-ce qui a changé ? Comment ce fait-il que nous courrions si rapidement vers cette catastrophe climatique ?

Une société de Rajas… et Tamas

Un ami m’a fait remarquer que nous sommes bien trop nombreux sur la planète. Il a raison. Mais le problème n’est pas juste une question de chiffre. Contrairement aux scientifiques, je n’ai pas accès aux statistiques, mais je me souviens de ma jeunesse. Nous n’étions pas exactement sages. Pourtant notre consommation des ressources n’était même pas un tiers de ce que mes cousins (bien plus jeunes que moi… et beaucoup plus sages !) consommaient durant leur jeunesse.

Il y a une raison pour laquelle cette consommation a autant augmenté. Dans un article précédent je parlais des 3 gunas (qualités) et leur impact sur notre esprit. Ces gunas impactent non seulement l’individu, mais également la société construite par ces individus. Regardons de plus près comment cela agit sur la société.

Quand c’est Sattva guna qui est prédominant dans l’esprit : l’être est en paix. Ses sens cognitifs sont intravertis. L’égo n’est presque pas présent. Il arrive à facilement faire la distinction entre les besoins et les désirs. Presque automatiquement, sa consommation des ressources naturelles diminue et il vit en paix avec son environnement.

Quand Rajas guna devient prédominant, les sens cognitifs se tournent vers l’extérieur. Afin de s’ancrer, l’être devient attaché à son égo. Cet égo réclame qu’on le nourrisse avec les acquis matériels. Chaque émotion, qu’elle soit du plaisir ou de la souffrance, est ressentie de manière accentuée. Et automatiquement, la distinction entre désir et besoin disparait. Tout apparait comme étant un besoin existentiel. Sa consommation des ressources devient extrêmement élevée.

Durant la prédominance de Tamas guna ce sont l’ignorance et les cycles autodestructeurs qui sont plus présents. L’être devient complètement centré sur lui-même et ne se soucie plus de son environnement.

Il y a un lien intime entre Rajas et Tamas. Quand Tamas est prédominant, l’instinct de survie va chercher à nous pousser vers Rajas. La prédominance de Rajas épuise les réservoirs énergétiques du corps et amène Tamas.

Si on regarde la société, ce sont toujours des valeurs de Rajas qui sont mis en avant : avoir et atteindre des buts, être extravertis, avoir des acquis matériels, être dans le désir et les émotions. Et quand Rajas est prédominant, Tamas n’est jamais loin.

Si je schématise : chaque fois on voit la montée du libéralisme, la politique centre-droite, gauche, centre, c’est typiquement un signe de prédominance de Rajas dans la société. Et chaque fois on voit la montée d’extrême droite/extrême gauche, c’est un signe de prédominance de Tamas dans la société. (Malheureusement, il n’existe pas de partis politiques Sattvic !).

Bien que la présence de Tamas (que ce soit dans l’individu ou la société) paraisse toujours mauvaise ; en ce qui concerne Rajas, surtout quand il s’agit de l’individu, cela parait plutôt comme un positif. Après tout, où est le mal à ressentir du plaisir ? A avoir de nouveaux vêtements à la mode ? Le téléphone dernier cri ou encore une (voire plusieurs) belles voitures ? Mais quand la société entière devient Rajasic…

On s'approche de désastre climatique
Des clims partout… est-il vraiment le progrès?

Jusqu’à mes 10 ans, dans la ruelle où habitaient mes grands-parents (population d’environ 1000 personnes), il y avait 1 voiture, 6 scooters, 2 télévisions, 2 téléphones, et toutes les familles n’avaient pas une radio ou une bicyclette. Même cette dernière était assez rare. Et personne ne râlaient à cause du manque de ces choses. C’était même plutôt convivial… Le dimanche matin, c’était l’heure du dessin animé à la télé (qui ne durait qu’une demi-heure), alors tous les enfants de la rue regardaient ensemble !

Ce souvenir peut paraitre nostalgique (dans le mauvais sens du terme), mais aujourd’hui, dans la même ruelle, chaque famille possède au moins une voiture (pas étonnant que chaque hiver il y a des crises de pollutions à Delhi et qu’on n’arrive même plus à respirer), 2-3 télévisions, les enfants ont des portables (qu’ils changent tous les 2-3 ans), et porter la même chemise 2 fois dans une semaine est considéré comme un signe de pauvreté. J’aimerais pouvoir dire que ça a amélioré le niveau de vie des habitants… mais vu le nombre de bagarres, de dépression et de problème de santé présents dans cette petite ruelle, ce serait mentir.

Mais ce qui est bien plus soucieux, c’est l’impact de ce changement sur le climat et l’environnement. Car ces centaines de voitures, il faut les produire. Les émissions carboniques… n’en parlons même pas. La consommation d’électricité, la consommation tout court d’ailleurs.

Est-il si étonnant alors que la société que nous avons construit ces 50 dernières années (30 dernières en Inde… mais apparemment on a décidé de se rattraper bien rapidement) nous a amené sur le bord de la falaise climatique ?

Le rôle de l’individu

Consommer sans cesse
De combien avons nous besoin?

Il est bien entendu facile de tout mettre sur le dos de la société et critiquer les politiques et les grandes entreprises. Et cela va de soi qu’ils sont en grande partie responsable de cette incitation à la consommation qui est devenu notre nouveau Dieu. Quand on juxtapose les décisions prises depuis les 50 dernières années (et d’ailleurs depuis la révolution industrielle) avec l’impact sur le climat ; il est difficile de trouver une seule bonne décision.

Mais la société, les politiques, et les patrons de CAC-40 ne sont pas non plus les seules responsables. Déjà parce que la société est formée par des individus et n’est qu’un reflet de notre propre esprit. Et surtout parce que les consommateurs de cette société de consommation… c’est nous.

Il est important aujourd’hui que les politiques prennent des décisions dures et difficiles si on souhaite sauver la planète. Mais il est également important que nous, en tant que l’individu, réduisions notre consommation. Et comment réduire la consommation ? En créant une prédominance de Sattva guna dans nos esprits.

Le Yoga, une solution ?

La paix intérieure
Ce n’est pas nos acquis matériels qui nous amène la paix…

A l’origine, le Yoga était une voie Sattvic. Sa quête, de percevoir la réalité sans modification/filtre imposée par notre mental (Yoga Sutra I.2) et de pouvoir s’unir avec la conscience suprême. Sans la prédominance de Sattva guna, une telle entreprise se serait avérée impossible. D’ailleurs, cette recherche de prédominance de Sattva guna était également la base de l’Ayurvéda car le plus Sattva guna est prédominant, le moins l’être tombe malade.

Ça devrait donc être facile de présenter Yoga comme « LA » solution contre le désastre climatique qui nous attend.

Malheureusement, ce n’est ni aussi simple ni aussi facile. Car le Yoga pratiqué de nos jours est purement Rajasic dans sa nature (incitation à la performance physique, focus uniquement sur les asanas, aucun enseignement des textes fondateurs ou de la philosophie, une coupure totale ou une mécompréhension des aspects spirituels derrière Yoga). Parfois, je me demande si Yoga lui-même n’est pas devenu un problème car la même pratique des asanas, séparée de son contexte philosophique et spirituelle, ne fait qu’augmenter Rajas dans l’esprit.

Néanmoins, le Yoga continue de se présenter comme une solution valable pour augmenter la prédominance de Sattva dans notre esprit. La clé est de ne pas s’arrêter aux asanas et pranayamas, mais aussi intégrer les autres piliers de Yoga dans notre vie.  Et si le progrès de ces dernières décennies nous a rapproché de la falaise d’un désastre climatique, il nous a également facilité l’accès au vrai savoir. Les textes fondateurs de Yoga comme les Yogas Sutra, Yoga Vasistha, Bhagavad Gita, Samkhya Karika, les Upanishad, sont aujourd’hui traduits dans plusieurs langues. Et surtout, les commentaires des Yogis sur ces textes (comme le commentaire de Vyasa sur les Yoga Sutras) sont à la portée de tous.

Il est mon avis que cet apprentissage est devenu urgent de nos jours. Certes, on peut toujours espérer que les grandes entreprises et les politiques arriveront à sauver la planète. Mais c’est surtout l’impact de ce que chaque personne fait dans son coin qui sera décisif dans ce combat contre le désastre climatique qui nous attend. Et dans ce combat, Yoga est une arme très, très puissante.

Publié par

Pour moi, le Yoga est un voyage qui a démarré quand j'étais à peine adolescent... mais ce n'était pas le Yoga tel qu'il est pratiqué de nos jours. Il s'agissait surtout d'un art de vivre, une quête vers le Soi, un désir de s'interroger. Aujourd'hui, à travers Abhisaran, j'essaie de transmettre cette approche globale et holistique du yoga qui travaille à la fois le corps, la psyché et l'esprit, tout en s'appuyant sur l'Ayurvéda et le Tantra.

2 commentaires sur « Yoga et désastre climatique »

  1. Je suis très content que l’article vous a plu. Pensez dans les termes de la « non-attachement » au lieu de « détachement ». Il est vrai que l’idée de l’abandon d’égo fait peur… mais encore faut-il pouvoir définir l’égo! Bien trop souvent on défini l’égo uniquement à travers nos désirs et nos peurs… est-ce réellement la limite de notre égo?

    Yoga est, sans doute, une grande remise en question. Mais tel que l’individu et tel que société, nous en avons bien besoin. J’espère qu’un jour la voie ne fera plus peur aux gens!

    J'aime

  2. Bonjour merci pour cet article dont je partage tous les éléments. La réflexion est posée au niveau de chacun des individus et au-delà de la conscience collective. Effectivement la voie du yoga telle qu’elle et développée en Occident s’éloigne de la véritable voie. Les formations proposant un enseignement de la philosophie / spiritualité du yoga ne sont pas les plus nombreuses ni les plus recherchées. Bien que les gens perçoivent que le yoga aille bien au-delà des asanas et de la respiration, ils ne souhaitent pas s’engager sur un chemin personnel plus profond. car celui-ci tend à remettre en cause bon nombre d’aspects qui font que je suis ce que je suis, ce corps, cet individu au sein d’une société. A l’instant je parlais du détachement des fruits de l’action qui est souvent vu comme un abandon de l’ego, fatalité terrible qui aboutit au non être. Tout comme j’ai d’énorme difficultés à pouvoir verbaliser ce que je suis en yoga nidra quand je suis conscience : immédiatement je suis décrite comme illuminée. Bref tout cela pour dire que je partage ce que vous décrivez : le vrai yoga peut nous permettre de devenir de vrais acteurs de notre société et de notre planète dans le bon sens du terme. Merci.

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