Ashtanga ou les 8 piliers de Yoga

De plus en plus, Yoga est vu comme une activité sportive. Les cours consistent en des enchaînements d’asanas. Parfois nous y ajoutons quelques exercices de respirations. Parfois une méditation à la fin. Nous transpirons. Nous nous sentons détendus après la séance, tout comme on le serait après une séance de sport ou d’étirements. Au bout d’un moment, les effets de cette détente s’en vont et la vie reprend son cours habituel. Pourtant, si nous recherchons la paix intérieure et un bien-être qui dure toute la vie, Yoga a bien plus à nous apporter qu’une simple détente.

योग: चित्त-वृत्ति निरोध:

yogaś citta-vṛtti-nirodhaḥ

(Le Yoga est l’inhibition des modifications de réalité apporté par l’esprit.)

— Yoga Sutras 1.2

 

Nous cherchons le bonheur partout. Dans notre lieu de travail, dans nos relations, durant les vacances et à table avec des amis. Cependant, les clefs de ce bonheur ne se trouvent pas à l’extérieur. Elles résident en nous. Dans notre esprit. Notre esprit module tout ce que nous percevons. Quand l’esprit est agité, quand il ne cesse de vouloir tout ce qu’il n’a pas, le bonheur ne peut être qu’éphémère.

C’est notre esprit que Yoga cherche à travailler. D’ailleurs, si Yoga est un sport, c’est le sport de l’esprit et non du corps. Et ce travail se fait sur plusieurs niveaux.

Bien que la pratique de Yoga existe depuis des milliers d’années, le premier à en faire une compilation fut le sage Patanjali. Dans son texte fondateur, Les Yogas Sutras, il divise Yoga dans 8 piliers différent : Yama, Niyama, Asana, Pranayama, Pratyahara, Dharana, Dhyana et Samadhi.

Yama ou les éthiques.

Il peut paraître insensé de parler des éthiques dans le monde moderne. Ce que nous voyons partout, c’est une course sans fin vers la réussite matérielle. La seule éthique qui a l’air de compter, c’est d’être mieux que les autres. Pourtant, nous ne sommes que le reflet du monde dans lequel nous vivons et le monde n’est qu’un reflet de nous.Soyons la transformations que nous souhaitons voir dans le monde.

Il serait bien trop optimiste de penser qu’en changeant nos éthiques, nous changerons le monde. Néanmoins, la manière dont nous interagissons avec la société transforme subtilement la manière dans laquelle la société interagit avec nous. Celui qui épouse la philosophie de Aparigraha (non-convoitise) n’incitera pas les mêmes réactions chez ses voisins que celui qui est rempli de jalousie envers la réussite des autres.

L’impact que ces éthiques ont sur nous est presque aussi important. Elles transforment la manière dont nous réagissons aux événements. Ce qui incite la colère et la haine en nous aujourd’hui ne l’incitera plus si nous arrivons à accepter Ahimsa (non-violence). D’autant plus que, quand nous parlons de ces éthiques, il ne s’agit pas uniquement de la manière dont nous interagissons avec le monde qui nous entoure, mais également la manière dont nous interagissons avec nous-même. Quand Patanjali parle de Satya (ne pas mentir), il ne conseille pas uniquement ne pas mentir aux autres, mais aussi à nous-même.

Niyama ou les habitudes et les observances.

Il n’est pas réellement possible de tenir une quelconque éthique si notre propre vie est bouleversée sans arrêt. Les Niyama nous incitent à changer la manière dont nous gérons notre vie. Ils parlent de notre discipline et hygiène de vie (Sauca), la manière dont nous persévérons vers nos buts (Tapas) ou encore la connaissance de soi (Svadhyaya) qui jouent un rôle important dans notre bien-être physique et psychologique.

Bien entendu, avoir une bonne hygiène et discipline de vie ne changera pas toutes les variables qui peuvent nous déstabiliser. Cependant, ces Niyama deviennent rapidement un ancrage qui nous permettent de faire face aux problèmes que la vie nous présente. Mieux nous connaître nous aide à agir au lieu de réagir aux situations. Se lever et se coucher de bonne heure ainsi qu’une nutrition réfléchie et sans excès nous donne plus d’énergie. Santosa (contentement/optimisme) nous incite à démarrer chaque nouveau projet avec vitalité et espoir. Quand nous acceptons les autres tel qu’ils sont, cela crée un état où notre joie interne compte bien plus que les plaisirs externes.

Asana ou les postures.

Traditionnellement, une asana est définie comme une position qui est stable et confortable dans laquelle nous pouvons rester longtemps afin de méditer. Or, quand le corps va mal, quand nous sommes malades ou que le corps s’est affaibli, il devient important de le soigner et le renforcer. Ce pilier de Yoga nous incite à travailler notre corps. D’autant plus que notre corps et notre esprit sont liés, et quand le corps ne va pas bien, l’esprit ne peut jamais être au repos.

Pranayama ou le souffle.

Le souffle a un grand impact sur notre mental. Plus notre souffle est court, plus nous sommes agités. Le corps produit des hormones comme adrénaline et cortisol. Les cellules brûlent l’oxygène rapidement. Le stress monte.

Dans Yoga, le souffle a une grande importance, non seulement durant les asanas mais également dans le reste de la vie. A travers différents exercices, un Yogi cherche à améliorer sa capacité à respirer tout en ralentissant son souffle et son rythme cardiaque. Ces exercices nous amènent vers un équilibre mental et physique et créent un recul qui nous aide à mieux gérer les problématiques que la vie nous apporte.

Pratyahara ou amener notre conscience en nous.

Nos sens perçoivent et notre cerveau réagit. Surtout dans le monde moderne rempli d’écrans, de bruit, nous sommes assaillis sans arrêt par des images et des évènements. Cela ne nous laisse aucun répit. Le cerveau reste agité. Comme les vagues d’un océan orageux, notre mental ne trouve aucune paix.

Pratyahara, c’est la pratique de tourner nos sens vers nous-même. Arrêter les bruits externes. Être en pleine conscience dans tout ce que nous faisons. Et inciter notre cerveau à trouver le calme malgré l’assaut sensoriel de notre quotidien.

Dharana ou concentration.

Nous parlons souvent des capacités incroyables qui résident dans notre cerveau. Mais quand le même cerveau est éparpillé, est-ce que nous arriverons à utiliser ces capacités ? Dharna, c’est la pratique de focaliser tous les pouvoirs de notre cerveau sur un point fixe. Cela se fait en concentrant notre cerveau soit sur un mantra, soit un objet fixe, soit sur une pensée spécifique, sans laisser nos pensées divaguer.

Dhyana ou méditation.

Dans Yoga, Dhyana et Dharana sont intimement liés. Chaque méditation démarre par la concentration sur un objet, un point dans notre corps ou une idée. Quand cette concentration devient stable et naturelle, le cerveau rentre dans un état méditatif. A ce moment, les pensées arrêtent d’exister. Nous voyons l’objet de notre contemplation tel qu’il est.

Samadhi ou l’union.

Durant le Dhyana, la distinction entre celui qui médite et l’objet de sa méditation disparaît. Nous faisons un avec l’objet de notre méditation. Le « Je » cesse d’exister. L’ego disparaît. Et nous entrons en union totale avec l’objet de notre méditation.

Comment intégrer les 8 piliers de Yoga dans votre pratique.

Les 8 piliers de Yoga sont intimement liés les uns aux autres. Sans l’un, le reste perd son effet. Sans concentration et respiration, une asana de Yoga c’est juste un exercice de gymnastique. Lors des prochains articles, nous rentrerons plus en détails sur chaque pilier de Yoga. Mais en attendant :

  1.       Interrogez-vous sur qui vous êtes, ce que vous souhaitez, ce qui vous rendra heureux.
  2.       Cherchez les éthiques et les observances qui vous permettront d’arriver à cet état de bonheur.
  3.       Ayez une pratique régulière des asanas, où vous commencerez avec les asanas dynamiques avant de tenir les asanas statiques.
  4.       Durant les asanas, gardez une respiration profonde, régulière et lente.
  5.       Tournez vos sens à l’intérieur et sur l’étirement de chaque asana.
  6.       Amenez la concentration sur un point fixe durant l’asana.
  7.       Après les asanas, prenez le temps de pratiquer les pranayamas.
  8.       Ensuite, asseyez-vous, intériorisez vos sens, focalisez votre esprit sur un objectif et laissez vous rentrer dans la méditation.
  9.       Samadhi, l’union avec votre objectif suivra.