Ahimsa (la non-violence) et yoga.

Ahimsa (la non-violence) et yoga

Parmi les concepts les plus connus du yoga, Ahimsa (la non-violence) est souvent associée à l’amour pour tous et le végétarianisme. Mais est-ce réellement le sens de ce terme ? Ou se cache-t-il une signification bien plus profonde derrière ?

Ahimsa est le premier des 5 yamas de yoga dont nous parle Patanjali dans les Yoga Sutra. « Ahisā-pratiṣṭāyā tat-sannidhau vairatyāga » nous dit-il. « Devant celui qui s’ancre fermement dans la non-violence, ceux qui l’approchent perdront tout sentiment d’hostilité. »

Mais avant d’aborder cette idée de non-violence, il est important de comprendre pourquoi Patanjali nous incite à intégrer ces yamas et niyamas (observances) dans notre vie.

La quête d’un yogi est d’apercevoir la réalité ultime afin de s’unir avec. Pourtant, il est rare que nous voyions les choses telles qu’elles sont. Notre perception est souvent modifiée par nos désirs, nos envies, nos peurs et nos tabous. D’ailleurs ces mêmes désirs et peurs sont derrière notre souffrance, et quand nous souffrons, il n’est pas possible de prendre du recul sur les événements qui nous entourent. Nous passons la grande partie de notre vie à réagir aux situations. Avant tout, le yoga cherche à nous aider à développer le recul pour que nous soyons capables d’agir au lieu de réagir. Et cela demande la paix intérieure.

Les yamas et les niyamas (ainsi que les asanas, pranayamas et les autres piliers du yoga) ont pour but de nous aider à arrêter la souffrance, développer ce recul et ce discernement, et nous aider à apercevoir la réalité telle qu’elle est, et non pas telle que nous la voulons. Alors est-ce que simplement se dire que nous aimons tout le monde et nous ne tuons pas les animaux s’avérera suffisant dans cette démarche ?

Ahimsa est l’absence d’envie de blesser autrui ou soi-même, que ce soit à travers les mots, les pensées ou les actes.

Comprendre Ahimsa.

Le yoga n’est pas une religion. Il ne contient aucun dogme. Il nous incite plutôt à comprendre et apprendre. En ce qui concerne ahimsa, la question qui se pose n’est pas simplement si nous faisons la violence, mais pourquoi nous avons envie de cette violence.

D’ailleurs, je traduis ahimsa comme la non-violence parce que c’est la traduction la plus courante. Ce n’est pas tout à fait exact. Le mot « himsa » trouve ses racines dans le mot « hims » qui veut dire « frapper ». « Himsa » signifie « nuire » ou « blesser ». Le préfix « A » est utilisé en Sanskrit comme une négation qui signifie « l’absence de ». La traduction exacte de ahimsa sera « non-blessure » ou « non-blesser ».

La philosophie d’ahimsa ne cherche pas simplement à nous dire : « tu ne tueras point ». C’est plus une recherche d’enlever le désir, l’envie de blesser autrui et soi-même. Et pas uniquement à travers les mitraillettes et les coups de poings. Les mots et les idées comptent aussi. D’ailleurs parfois les mots blessent bien plus que les coups de poings.

Alors afin de mieux définir Ahimsa, prenons le temps de revoir quelques « mythes » associés à cette pratique.

Je dois obligatoirement être végétarien. Non. Les anciens textes nous donnent de très bonnes raisons d’être végétarien. Elles sont toutes basées sur l’impact de telle ou telle nourriture sur notre corps et notre esprit. Elles ne sont pas basées sur quelconque dogmatisme philosophique. D’ailleurs la cuisine végétarienne n’est pas forcément adaptée à tous les corps, à tous les modes de vies et à tous les environnements. Si nous nous forçons à être végétarien sans tenir en compte l’impact sur notre corps, nous sommes simplement en train de faire violence à notre propre être. De même, si nous éprouvons obligatoirement le besoin de blesser les autres par nos mots uniquement car ils ne suivent pas notre mode de vie, nous sommes peut-être végétariens mais nous restons bien loin de la philosophie d’ahimsa.

Je dois aimer tout le monde. Non plus. L’amour est une émotion. Peut-être la plus forte des émotions. L’histoire de la civilisation humaine est remplie d’actes d’une grande violence incitée par un grand amour. Et aimer tout le monde ? Aimer le chat autant que la souris ? Aimer le meurtrier autant que la victime de son crime ? Creusons les réactions que l’amour incite en nous. Creusons aussi les réactions quand nous perdons quelqu’un que nous aimions. Pouvons-nous réellement voir cela comme une manifestation de la non-violence ?

Ahimsa signifie la passivité. Alors là, pas du tout. Le plus grand promoteur d’ahimsa fut Mahatma Gandhi. Il était tout sauf passif. Le texte philosophique du yoga le plus important est le Bhagavad Gita. Dans ce texte, Krishna explique le yoga à Arjuna. Il évoque trois fois le concept d’ahimsa. Et en même temps, il l’incite à prendre des armes et faire la guerre contre les armées de ses cousins et ses oncles. Contradictoire ? Pas du tout. Expliquer toute l’histoire de Mahabharata n’est pas possible dans un article. Néanmoins, Krishna enseigne que quand toutes les options de paix sont explorées, et qu’il ne reste plus aucun choix, dans ce cas là il faut aussi accepter la guerre car ne rien faire face à un mal est aussi une forme de violence.

Alors qu’est-ce l’ahimsa ? Dit au plus simple, ahimsa est l’absence d’envie de blesser autrui ou soi-même, que ce soit à travers les mots, les pensées ou les actes. Cette définition est également la clé de l’intégration d’ahimsa dans nos vies.

Comment intégrer ahimsa dans la vie.

Mahatma Gandhi
Mahatma Gandhi fut le plus grand promoteur d’ahimsa.

Patanjali nous donne le conseil suivant en ce qui concerne l’intégration de niyama et yama :

vitarka badhane pratipaksha bhavanam
vitarkah himsadayah krita karita anumoditah lobha krodha moha purvakah mridu madhya adhimatrah dukha ajnana ananta phala iti pratipaksha bhavanam

« Quand nos propres pensées nous empêchent de suivre les yamas et les niyamas, il faut cultiver les pensées de nature opposée. Il est important de se rappeler que les actes motivés par ces pensées négatives (que ces actes soient commis par nous, que nous incitions les autres à commettre ces actes, ou que nous acceptions ces actes commis par les autres à travers l’inaction) trouvent leur origine dans la colère, le désir ou l’illusion ; et qu’ils sont la cause de l’ignorance et la souffrance. » (Yoga Sutra 2.33-2.34)

Il y a plusieurs choses qui sont importantes dans ces phrases. Premièrement, la compréhension de l’impact que la colère, le désir ou encore les illusions ont sur notre bien-être physique et mental. Il est bien beau d’entendre les yogis dire que nos désirs et nos peurs sont la cause de notre souffrance. Mais tant que nous ne nous en rendons pas compte, il n’est pas possible d’emprunter le chemin des yamas et des niyamas.

Le yoga n’est pas une religion. Il ne contient aucun dogme. Il nous incite plutôt à comprendre et apprendre. En ce qui concerne ahimsa, la question qui se pose n’est pas simplement si nous faisons la violence, mais pourquoi nous avons envie de cette violence.

Ensuite, Patanjali conseille de cultiver les pensées de nature opposée. Souvent, cette phrase est interprétée ainsi : si nous ressentons de la haine envers quelqu’un, il faut cultiver l’amour. Mais ce n’est pas du tout ça. Il s’agit plutôt de s’éloigner de la haine (ou autre émotion/pensée négative). Un yogi cherche à se défaire de l’emprise que les émotions ont sur la conscience ; pas échanger l’emprise d’une émotion par l’emprise d’une autre.

D’expérience personnelle, j’ajouterai également d’autres consignes en ce qui concerne se défaire de l’envie de blesser. La première de ces consignes sera déjà de se rendre compte que cette envie existe en nous. Autant que l’envie de faire mal aux autres, on s’en rend compte plutôt facilement ; souvent on ne se rend pas compte que nous avons envie/tendance à nous blesser aussi.

Ensuite vient la connaissance de soi et surtout la connaissance de la cause derrière cette envie de blesser. Ressentons-nous de la colère ? Des frustrations ? Une mauvaise estime de soi ? Ce sont tous des choses qui nous incitent vers la violence envers les autres et envers soi-même.

Alors voici une petite liste qui vous aidera :

  1. Se rendre compte de l’envie de blesser, que ce soit les autres ou soi-même.
  2. Comprendre les moyens que nous utilisons pour infliger ces blessures.
  3. Chercher les causes derrière cette envie.
  4. Apprendre à résoudre ces causes.
  5. Quand l’envie de blesser vient, utiliser la volonté pour ne pas agir sur cette envie.
  6. Se rappeler que cette envie de blesser va nous nuire.
  7. Ensuite amener les pensées dans la direction opposée en nous éloignant de l’émotion qui était derrière cette envie.

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Pour moi, le Yoga est un voyage qui a démarré quand j'étais à peine adolescent... mais ce n'était pas le Yoga tel qu'il est pratiqué de nos jours. Il s'agissait surtout d'un art de vivre, une quête vers le Soi, un désir de s'interroger. Aujourd'hui, à travers Abhisaran, j'essaie de transmettre cette approche globale et holistique du yoga qui travaille à la fois le corps, la psyché et l'esprit, tout en s'appuyant sur l'Ayurvéda et le Tantra.

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