Dans un dernier article, je critiquais ce qu’était devenu le yoga. Mais je me rends compte que depuis le temps que j’ai lancé Abhisaran, je n’avais jamais pris la peine de vraiment définir ce qu’est le yoga.

A vrai dire, je n’en éprouvais pas le besoin. Le mot est tellement ancien – il trouve ses racines dans la période védique et même si on parle des techniques, la première mention de pranayama date d’environ 2900 ans ! Pour un indien, définir le yoga c’est comme chercher à définir l’eau ou la terre ! Pourtant, cela fut un tort car quand un mot n’est pas défini, cela laisse place à n’importe quelle interprétation.

« Yogas citta vritti nirodhan, » nous explique Patanjali dans les Yoga Sutra. Quand nous enlevons les modifications qu’apporte notre esprit à la réalité, quand nous arrivons à apercevoir la réalité ultime, quand notre conscience est capable de rejoindre la conscience suprême : c’est le yoga.

Mais la philosophie d’abord !

Je vais peut-être vous ennuyer en parlant de la philosophie mais en dehors du contexte philosophique, le mot et la pratique de yoga n’ont plus aucun sens.

Au temps védique, nous parlions de māyā. Aujourd’hui traduit comme « illusion », ce n’est pourtant pas son vrai sens : anciennement, le mot māyā signifiait « un grand pouvoir » mais également « apparence ». Au temps védique, les sages considéraient que l’univers que nous percevons ne représentait pas la réalité ultime, mais qu’il s’agissait d’une manifestation éphémère de cette réalité ultime.

Une philosophie plus tardive, Sankhya Karika, apportera l’idée de la dualité. Au lieu de parler de māyā, Sankhya parlera plutôt de purusha (la conscience suprême qui est la réalité de l’existence) et prakriti (la nature primordiale qui est l’univers que nous percevons mais qui enchaine aussi le purusha). D’après cette philosophie, notre vraie nature est la conscience. Mais enchaînée par le corps, notre conscience n’arrive plus à reconnaître cette réalité ultime : ce qui crée samsāra, le cycle de réincarnation.

Sankhya, ainsi que la philosophie védique, voyait la source de nos maux comme étant l’ignorance de la réalité ultime.

Ainsi est né le yoga…

La question que ces sages se posaient était toujours : comment briser ce cycle de réincarnation et libérer notre conscience de ses maux ? Pour eux, cela ne pouvait se passer qu’à travers la connaissance. Et une des voies qu’ils ont trouvées fut le yoga.

Le yoga se base sur le principe de la dualité dont nous parle Sankhya Karika. Les yogis considéraient que notre esprit modifie notre perception, nous éloignant ainsi de la réalité ultime. Tout ce que nous percevons est filtré par notre expérience, nos peurs, nos désirs… Afin de pouvoir reconnaitre sa vraie nature, notre conscience a besoin d’une « involution » (et pas évolution). Ils nous parlaient donc de l’importance du détachement afin d’atteindre le moksa (libération) et mettaient en place un système qui nous permettra d’arriver à ce stade de détachement – comme ce fut le cas des 8 piliers de Yoga de Patanjali.

Une asana ne signifie pas les postures complexes et compliquées que nous associons au yoga. D’ailleurs, le mot veut dire l’endroit où on est assis.

Le yoga comme thérapie.

Bien que le yoga fût une quête spirituelle, il apportait aussi un bien-être physique et mental qui permettait la longévité de l’être et les médecins de l’époque comprenaient son utilité telle qu’une pratique préventive aux diverses maladies. Cette médecine (l’ayurvéda) elle-même se basait sur Sankhya Karika et a rapidement trouvé l’utilité des pratiques yogiques dans sa recherche de longévité. Ainsi est né le lien entre l’ayurvéda et le yoga (et une approche holistique au bien-être).

La boîte à outil d’un yogi.

La réalité
Notre esprit modifie notre perception, nous éloignant ainsi de la réalité ultime. Tout ce que nous percevons est filtré par notre expérience, nos peurs, nos désirs…

« Yogas citta vritti nirodhan, » nous explique Patanjali dans les Yoga Sutra. Quand nous enlevons les modifications qu’apporte notre esprit à la réalité, quand nous arrivons à apercevoir la réalité ultime, quand notre conscience est capable de rejoindre la conscience suprême : c’est le yoga.

Afin d’arriver à ce stade, un yogi utilise plusieurs différentes techniques et connaissances ; et ces mêmes techniques et connaissances contribuent également à notre bien-être physique et mental.

Ce travail se fait sur plusieurs échelles et démarre par la connaissance de soi – de nos peurs, nos désirs, de nos envies et de nos limites. Sur cela s’ajoute une mode de vie qui nous permettra la paix interne (et donc les éthiques comme ne pas mentir, ne pas convoiter ce qui ne nous appartient pas ou encore l’importance de non-violence). La connaissance du corps ainsi que ses capacités, des diverses énergies que contient notre corps sont également importants (d’où l’importance d’avoir des bonnes bases en ayurvéda).

Sur ces connaissances se base la pratique d’asana. Une asana ici ne signifie pas les postures complexes et compliquées que nous associons au yoga. D’ailleurs, le mot veut dire l’endroit où on est assis. La pratique des diverses postures a deux buts : d’abord d’avoir un corps sain qui nous permet de méditer et ensuite l’impact qu’une posture peut avoir sur nos énergies internes (les doshas, les énergies subtiles comme le prana, le tejas ou le ojas).

Par la suite viennent les divers techniques de purifications mentales et physiques, les pranayamas et les mantras afin de nous donner un meilleur contrôle sur les énergies qui bougent dans notre corps afin de faire monter notre conscience sur le sushuma nādī, qui est une étape importante pour que nous puissions voir la réalité ultime.

Et finalement viennent les méditations qui nous permettront de nous unir avec la réalité ultime et donc atteindre le moksa.

So… do you Yoga ?

Quelque part, pour une raison que j’ignore, nous avons décidé de résumer tout le savoir yogique dans une pratique d’āsana abhyāsa (l’entrainement des asanas). Cela pose une grande problématique. Je ne cherche pas à nier l’importance des asanas. Bien au contraire, toutes les philosophies orientales (et je ne parle pas juste de yoga car on trouve les mêmes idées en taoïsme et bouddhisme) reconnaissent l’importance du corps. Mais l’exercice est fondamentalement rajasic (dynamisme/passion) tandis que la philosophie yogique nous incite à avoir un esprit sattvic (paix, création). Uniquement l’exercice physique ne peut pas nous avancer sur la quête yogique : que cette quête soit spirituelle ou une recherche de bien-être physique et mental.

Cela ne signifie pas que vous devez obligatoirement entreprendre le yoga avec un but spirituel. D’ailleurs, l’hindouisme reste la seule religion où il est considéré tout à fait acceptable de ne croire en aucun dieu. Nos raisons pour entreprendre le yoga peuvent différer car telle qu’une pratique, le yoga a quelque chose à nous apporter à tous. Mais n’est-il pas dommage de résumer toute une pratique dans quelques asanas – surtout quand ces asanas, très souvent, ne tiennent même pas en compte le savoir qui est derrière ?

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