Yoga et les émotions difficiles.

Yoga est magique. Mettez-vous en uttānāsana. Expirez lentement et ralentissez votre rythme cardiaque. Au fur et à mesure un état de calme total va vous envelopper. Plus vous pratiquez, plus ce calme se transformera vers une euphorie extraordinaire. Tous vos problèmes cesseront d’exister. Vous vivrez l’extase qui perdurera bien après la séance.

Pourtant, un yogi vous dira : « ce n’est pas ça Yoga ».

Les yogis sont chiants…

Yoga fut une pratique spirituelle dans la quête de l’union divine. Yoga peut être une excellente pratique holistique qui agit sur notre psyché et notre corps. Cependant Yoga n’était pas censé être une drogue, même s’il le devient de plus en plus.

Le problème de toutes les drogues est le même : elles nous aident à échapper mais elles ne corrigent pas les sources de nos maux.

Un des grands chocs lors de mon arrivée en France c’était le sentiment de culpabilité que j’ai perçu chez presque tout le monde. C’était comme si tout était de notre faute. Que nous étions responsables de tout ce qui nous arrivait. Un effet secondaire de cette culpabilité c’est également la sur-croyance dans la pensée positive, les idées telles que la loi d’attraction et une course vers un état de bonheur. Si nous corrigeons qui nous sommes, la manière dont nous pensons et ce que nous ressentons : tout se mettra en place.

Il y a un grand problème dans cette manière de penser : nous ne sommes pas responsables de tout ce qui nous arrive. Il n’y a que deux choses dans nos mains : nos actions et nos réactions. Et malgré notre meilleure volonté, nos meilleurs efforts, parfois, comme on dit en anglais : « Shit happens » ! Ce que nous faisons dans ces moments les plus difficiles révèlent réellement qui nous sommes.

Yoga ne cherche pas à nous aider à nous échapper. Yoga ne cherche pas uniquement à soigner. Il cherche avant tout à nous renforcer.

L’importance de l’état de bonheur en Yoga.

Les yogis pratiquent les asanas. Ils pratiquent les pranayamas. Ils cherchent également cet état d’extase que ces deux pratiques nous amènent. Mais ils ne s’arrêtent pas là.

Cet état est important en Yoga. Quand nous sommes stressés, quand nous vivons des moments difficiles, nous ne pouvons ni prendre du recul ni réellement agir. Nous ne faisons que réagir aux situations. La maîtrise des asanas et des pranayamas nous permet de prendre du recul et voir les choses telles qu’elles sont au lieu de les voir continuellement à travers le prisme de nos peurs et nos désirs. Et c’est à ce moment là que le vrai travail démarre.

Tapas et Svādhyāya

Svādhyāya signifie connaissance de soi. Pas uniquement connaissance de ce qui nous pensons être ou qui nous aimerions être : mais la connaissance de qui nous sommes réellement.

Tapas c’est persévérance. Tapas c’est également le feu qui brûle et qui purifie. Tapas c’est le feu qui forge le fer.

Si cela fait un petit moment que vous pratiquez Yoga, vous n’êtes sans doute pas étranger au tapas. Vous rappelez-vous combien il était difficile de tenir certaines postures quand vous aviez démarré ? Vous avez persévéré. Vous n’avez pas baissé les bras. Vous vous êtes amélioré.

Yoga demande le même tapas sur un plan psychologique et émotif aussi.

Comment le mettre en œuvre ?

Une fois que votre séance d’asana et de pranayama vous a mis dans un état de calme, prenez le temps de vous affronter. Démarrez par les sujets les plus simples. Par exemple, êtes-vous de nature anxieuse ? Dans ce cas-là, ce sera le sujet par lequel démarrer : qu’est ce qui cause votre anxiété ? Dans quel genre de situation vous vous sentez le plus anxieux ? Pourquoi l’anxiété vient ?

De même, toucher d’autres émotions et sujets qui ont un impact fort sur vous mais concentrez-vous sur un sujet à la fois. Notez ce que vous trouvez.

Cet exercice ressemble à une psychanalyse avec deux différences : la première c’est qu’il suit une séance d’asana et de pranayama qui aide à développer un certain détachement, ainsi permettant de mieux s’interroger. La deuxième différence c’est qu’il ne s’agit pas de s’arrêter uniquement à l’interrogation.

Les clés d’une transformation personnelle sont : trouver, accepter et, s’il le faut, changer. Cela demande non seulement s’interroger mais également se mettre dans les situations difficiles et à apprendre à les gérer. Nous ne cherchons pas à esquiver nos émotions les plus difficiles ni nos faiblesses les plus gênantes. Nous cherchons à les accepter et à les vaincre.

La question de souffrance.

Un ami à qui j’ai parlé d’importance de tapas et de connaissance de soi en Yoga me disait que cela ressemble à se faire souffrir gratuitement. Pour lui souffrance est une idée religieuse qui n’a aucun sens dans nos vies. Nous souffrons assez et nous n’avons pas besoin d’en ajouter.

Je suis 100% d’accord avec lui. C’est sur la définition de souffrance que nous différons. Quand je travaille mon corps, ça le fait souffrir aussi. Mais par la suite le corps se renforce. Et cela va de même pour les aspects émotionnels et psychologiques. Ce travail fait souffrir mais il n’est pas souffrance. Pour moi, la vraie souffrance c’est l’ignorance. Quand nous ignorons qui nous sommes, quels sont nos désirs et nos peurs, et que la vie nous surprend : c’est ce qui amène la vraie souffrance.

Un commentaire sur la pensée positive.

Il peut sembler que je suis contre l’idée de pensée positive. Ce n’est pas du tout le cas. La pensée positive est importante. Mais c’est un outil et pas un but en soi. Cet outil peut nous aider pourvu que nous l’utilisions d’une manière profonde afin de mieux nous connaître.